| La
chronique n°3 se veut intentionnellement didactique en revenant
sur l’organisation d’une saison de College Football.
Pour beaucoup de fans assidus, calendriers de conférences,
confrontations inter-conférences, matches finaux de conférences
ou encore organisation des bowls n’ont plus aucun secret.
Pour d’autres, déterminer un champion incontesté
entre 119 équipes, quand chaque équipe ne joue que
seulement 12 matches de saison régulière, peut sembler
quelque peu obscur. Un coup de projecteur s’impose donc
!
La Division I-A compte 119
équipes réparties en 11 conférences –
dont 6 affiliées à la BCS (voir plus loin à
ce sujet) – et 4 équipes indépendantes n’appartenant
à aucune conférence (voir www.elitefoot.com/ncaa/ncaa.htm
pour le détail des conférences).
La réglementation de
la Division I-A impose à chaque équipe de jouer
au minimum 60% de ses matches de saison régulière
contre d’autres équipes de Division I-A. En pratique,
les grosses écuries jouent généralement la
totalité de leurs matches contre leurs congénères,
s’autorisant parfois une confrontation contre une équipe
de la division inférieure, la Division I-AA. Cinq de ces
douze rencontres doivent être obligatoirement disputées
à domicile (voir Demandez-le à CFC pour des détails
sur la réglementation de Division I-A). En outre, l’appartenance
à une conférence impose un certain nombre de confrontations
au sein même de celle-ci. Ainsi, tous les ans on retrouve
des rencontres entre Texas et Oklahoma dans la Big XII, USC et
UCLA en Pac-10, Ohio State et Michigan dans la Big Ten, etc…
En moyenne, chacune des équipes
d’une conférence donnée joue huit matches
dans sa propre conférence (7 en Big East et Sun Belt qui
comportent 8 équipes et 9 en Pac-10 qui en comporte 10).
Cinq conférences (SEC, Big XII, ACC, C-USA, MAC) comptent
deux divisions, dans chacune desquelles toutes les équipes
se rencontrent. Les deux vainqueurs de divisions s’affrontent
lors du match final de conférence pour le titre de Champion
de conférence. Dans cinq autres (Pac-10, Big East, MWC,
WAC, Sun Belt) le nombre d’équipes (7, 8 ou 9) permet
à toutes de se rencontrer mutuellement. Seule la Big Ten
et ses onze équipes (Penn State a rejoint la conférence
en 1993 sans que celle-ci ne change de nom) ne permet pas de désigner
de champion de conférence incontesté. Les trois
méga-programmes que sont Michigan, Ohio State et Penn State
se rencontrent tous les ans, tandis que Wisconsin ou Iowa jouent
habituellement au moins deux de ces trois équipes, ce qui
assure globalement l’équité et permet de couronner
un champion à peu près indiscutable. Notre Dame,
Army, Navy et Temple forment le groupe des Indépendants
et gèrent leurs calendriers à leur guise, avec toutefois
des incontournables comme USC-Notre Dame ou Army-Navy par exemple
(voir Zoom sur pour des détails sur les calendriers).
A l’issue de la saison
régulière, les onze conférences fournissent
onze champions. Il n’y a pas de système de play-offs
en Division I-A (contrairement à la Division I-AA). Un
complexe système de votes (journalistes et coaches) et
d’évaluation mathématique (par six méthodes
informatiques) permet de classer les 119 équipes en fonction
d’un certain nombre de critères : résultats,
calendriers, résultats des adversaires ou encore appréciation
plus ou moins objective d’un panel de coaches et de journalistes
spécialisés (voir Chronique n?4 pour de plus amples
détails). Dès la pré-saison, un premier classement
est mis en place, essentiellement sur le potentiel et les prévisions
de résultats de chaque équipe. Puis ce classement
est modifié à mesure que la saison progresse, les
perdants régressant dans la hiérarchie au profit
des vainqueurs. Bien évidemment, le classement initial
joue un rôle déterminant sur l’évaluation
de chaque équipe, une équipe de haut de classement
ayant tout loisir d’y rester en cas de bonnes (mais pas
forcement exceptionnelles) performances, alors qu’il faudra
à une équipe sous-cotée cravacher et faire
(parfois plus que) ses preuves pour rejoindre le haut du classement.
Ce biais montre à quel point il est important pour une
équipe de faire bonne figure dès le recrutement
et les entraînements du mois d’avril, afin que les
observateurs lui fassent crédit d’un fort potentiel
et gonfle ainsi sa cote.
Le classement final détermine
quelles équipes disputeront les lucratifs bowls de fin
de saison ainsi que le match du titre national. Ces matches de
gala permettent de faire s’affronter des équipes
de conférences différentes (qui n’en ont pas
forcément l’occasion en saison régulière)
et de faire se déplacer des dizaines de milliers d’étudiants
dans les Etats ensoleillés à la période des
vacances de Noël. Il s’agit en fait d’un big
business qui rapporte des millions de dollars aux universités.
Chaque bowl est sponsorisé par une société
qui paie une rétribution au comité d’organisation
du bowl, lequel en reverse une partie aux deux équipes
participantes. Chaque Bowl émet des invitations à
l’encontre des équipes éligibles qu’elles
souhaitent accueillir. En toute rigueur, toute équipe ayant
un bilan équilibré de 6 victoires et 6 défaites
est éligible à un bowl de post-saison. Avec 32 bowls
ce sont plus de 50% des équipes de Division I-A qui participent
à la post-saison. Dans le cas où il y aurait plus
de 64 équipes avec un bilan supérieur à 6-6,
certaines équipes se verraient refuser une invitation,
le choix étant laissé à la discrétion
des organisateurs des bowls.
Il existe une hiérarchie
des bowls laquelle est dominée par les BCS bowls. Ces derniers
sont l’apanage du Bowl Championship Series qui émet
à partir de la 6ème semaine de la saison régulière
un classement (le fameux classement BCS) qui tient lieu de classement
officiel pour l’éligibilité au BCS bowls.
A l’issue de la saison, les deux premiers de ce classement
s’affrontent pour le titre national au BCS National Championship
Game (NCG). Celui-ci se tient alternativement sur les quatre sites
des Fiesta Bowl (2007), Sugar Bowl (2008), Orange Bowl Bowl (2009)
et Rose Bowl (2010). En outre, ces quatre bowls accueillent également
chacun un BCS bowl. Par accord entre la BCS et six conférences
affiliées (SEC, ACC, Big XII, Pac-10, Big East, Big Ten),
les six champions de ces conférences seront automatiquement
éligibles à ces bowls à la fin de la saison
2007 (comme ils l’étaient déjà en 2006).
Le mieux classé des cinq champions des autres conférences
se voit attribuer une place en BCS bowl s’il est classé
dans le Top 12 ou à défaut s’il est dans le
Top 16 tout en étant classé devant l’un des
champions bénéficiant d’une invitation automatique.
Notre Dame jouit d’un statut particulier, lui conférant
une invitation s’il finit dans le Top 8. S’il reste
des places disponibles après cette sélection, elles
sont attribuées aux équipes des conférences
qualifiant directement leurs champions et ce en suivant le classement
BCS et en respectant la règle qu’au maximum deux
équipes d’une même conférence peuvent
participer aux BCS bowls. Les équipes éligibles
doivent néanmoins justifier de plus de neuf victoires et
être classées dans le Top 14.
Pour compliquer la donne, certains
bowls, dont les historiques Rose, Fiesta, Sugar et Orange, ont
des accords privilégiés avec quelques conférences.
La sélection aux bowls suit donc des règles strictes.
Elle commence évidement par les BCS bowls et en premier
lieu par le NCG. A moins qu’ils soient qualifiés
pour le NCG, les champions de certaines conférences sont
contractuellement tenus de participer à des bowls donnés.
Ainsi, des contrats lient ACC et Orange Bowl, Big XII et Fiesta
Bowl, SEC et Sugar Bowl et enfin Big Ten et Pac-10 et Rose Bowl.
Si un bowl perd son champion de conférence à la
faveur du NCG, il est prioritaire pour choisir un remplaçant.
Si deux champions de conférence jouent le NCG, les deux
bowls concernés choisissent des remplaçants, la
primeur étant accordée au bowl perdant le leader
du classement BCS. Les BCS bowls choisissent ensuite les équipes
éligibles pour compléter leurs oppositions. L’ordre
de choix permute tous les ans selon la date et le lieu du NCG.
En règle générale, les oppositions sont organisées
de façon à éviter des re-matches de saison
régulière ou de BCS bowls des années précédentes
ou encore en évitant d’inviter une même équipe
deux années consécutives. Il n’y a toutefois
pas d’obligation.
Pour 2007, les champions des
conférences affiliées à la BCS bénéficient
d’une qualification automatique pour les BCS bowls. En 2008
et 2009, cet accord sera remis en cause. La qualification automatique
sera attribuée aux champions de conférences (entre
5 et 7) répondant aux critères d’une évaluation
mathématique de la valeur des conférences sur les
années 2004 à 2007 (pour chaque conférence
: rang BCS final de l’équipe la mieux classée,
rangs BCS de fin de saison régulière de toutes les
équipes, nombre d’équipes classées
dans le Top 25 final de la BCS). Les accords entre conférences
et BCS bowls seront quant à eux maintenus.
D’autres bowls ont des
accords avec les conférences. Parmi les plus prestigieux,
le Capital One Bowl et l’Outback Bowl invitent des équipes
de SEC et Big Ten (le Capital One Bowl choisit en premier, juste
après les sélections aux BCS bowls), le Gator Bowl
oppose une équipe de l’ACC à un membre de
la Big East, de la Big XII ou Notre Dame, le Cotton Bowl est trusté
par la Big XII et la SEC. Il est à noter que ces accords
varient en fonction des sponsors.
L’organisation de la
post-saison est donc complexe et suit un processus bien identifié
: les BCS bowls choisissent leurs équipes en premier, puis
les bowls mineurs se servent en suivant une hiérarchie
basée pas tant sur le prestige que sur le chèque
reversé aux équipes invitées et sur les accords
avec les conférences qui en découlent. Si le système
ne semble pas forcément au point pour l’attribution
du titre de champion, il faut bien réaliser que la post-saison
est avant tout une énorme histoire de billets verts. Avec
une couverture médiatique nationale et une omniprésence
de leurs noms dans les annonces et reportages de presse et de
télévision, les bowls de fin de saison sont un formidable
coup de pub pour les sponsors. Pour les villes hôtes, la
post-saison est l’occasion de recevoir un afflux de plusieurs
dizaines milliers de visiteurs sur les quelques jours entourant
la date du bowl. Les étudiants profitent en effet massivement
de l’occasion pour aller, au début de l’hiver,
soutenir leurs favoris à l’autre bout du pays. Enfin,
le business de la post-saison profite aux universités participantes,
auxquelles les comités d’organisation reversent des
millions. A titre d’exemple, avec deux équipes en
BCS et aux Capital One Bowl et Outback Bowl, les conférences
SEC et Big Ten ont engrangé chacune plus de 30 millions
de dollars. En général, avec de telles rentrées
d’argent, les Départements des Sports des Universités
s’acquittent sans trop de problèmes des controverses
sur l’attribution du titre de Champion … |