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Foot en Italie (histoire)
Belette - Sept 2005

Football américain à la mode "spaghetti"


Si l’on devait citer des similitudes entre le football italien et français, il y en aurait au moins deux.
La date d’apparition de ce sport dans les deux pays. C’est en 1981, que Laurent Plégelatte fonde le Comité de Développement du Football Américain, en France. Tandis que se met en place la première Association Italienne de Football Américain, de l’autre côté des Alpes.
Le deuxième trait commun entre les deux pays est moins glorieux puisque c’est l’anonymat dans lequel va finir par se retrouver le football américain dans les deux pays, après une montée en puissance qui laissait penser que ce sport avait sa place au soleil.

C’est dans les années 70, que le football américain fait sa première apparition en terre transalpine. Pas de championnat national en ces temps immémoriaux, mais une tournée de deux universités américaines de petit niveau, qui ne déclenche pas un engouement immédiat.
Il faudra attendre 1981 pour que se mette en place la première Association Italienne de Football Américain (AIFA), sous la houlette du milanais Giovanni Colombo, président du syndicat national de l’hôtellerie italienne. A l’époque, l’AIFA ne compte que 5 équipes. Comme ses voisins européens, peu nombreux sont les téméraires qui osent se lancer dans l’aventure.

Mais subitement, la tentance s’inverse. Sans doute, à cause du phénomène de nouveauté ou parce que le contexte économique s’y prêtait ! Reste que le football américain va connaître un développement sans pareil.
En l’espace de 5 ans, le nombre de licenciés va passer de 650 pour 5 équipes, au chiffre incroyable de 17500 licenciés pour 105 clubs reparti en trois divisions, fin 1987. Quant au public, les 24000 spectateurs qui s’étaient déplacés voir un match en 1981 par curiosité ont fait des petits, puisqu’ils étaient 575 000 en 1987, à être venus encourager une équipe, au cours de la saison. La finale de 1ère division (Banalement dénommée « Super Bowl ») a attiré 21000 spectateurs, en 1987.

Cependant derrière les chiffres, va se cacher une réalité plus nuancée. Du fait de l’absence de structures solides, le développement s’est fait dans un laxisme le plus total. Dans le Nord de l’Italie, principalement, les équipes étaient composées d’une trentaine de joueurs et à la moindre divergence, les contestataires préféraient créer une nouvelle équipe plutôt que de discuter. Un mal que l’on croyait pourtant bien français ! Certes, l’Italie compte 105 équipes, fin 1987, mais peu ou pas organisées, évoluant avec des moyens quasi-inexistants, pour certaines. Sans oublier de citer le manque de développement dans le sud, où peu d’équipes solides sont présentes.

Pourtant, les chiffres sont là et le football italien, fort de son succès populaire comprend qu’il est temps de s’organiser. Fini l’époque des pionniers et place à un gestionnaire : Gianantonio Arnoldi à la tête du football italien. C’est le grand tournant, est la tentative de professionnalisme, en cette année 1988.

Nos cousins transalpins vont s’en donner les moyens, en créant une ligue. Même si les joueurs ne sont pas tous professionnels, loin s’en faut, ce sont les structures qui le deviennent. D’abord les membres des staffs techniques et les coaches sont rémunérés, ainsi que les joueurs étrangers. Quant aux joueurs italiens, ils sont simplement défrayés. Mais dans la plupart des cas, c’est le club par l’intermédiaire du sponsor qui offre un emploi aux joueurs. Emploi à horaires aménagés bien sûr, pour permettre de s’entraîner.
Côté championnat, la fédération dispose désormais d’un outil à la hauteur de ses ambitions. Une Série A subdivisée en Série A1 et A2. Les 8 meilleures équipes de la botte se retrouvent en Série A1 regroupées dans deux divisions géographiques, la poule sud et la poule nord. Tandis que les 16 équipes restantes échouent en Série A2, regroupées elles aussi en poules géographiques (Nord, Sud, Est, Centre). Mais au delà du fait que le championnat présente un visage acceptable, le plus grand motif de satisfaction provient du fait que toutes ces équipes répondent à un cahier des charges imposé, et en grande partie respecté. Les effectifs dépassent tous la soixantaine de joueurs, sans compter les équipes espoirs, obligatoires en Série A.
Au niveau médiatique, on est pas en reste. Un accord est signé avec la RAI 3 (une des trois chaînes TV du service public) qui diffuse tous les mardis après-midi, pendant plus d’une heure, un résumé de deux matchs qui ont eu lieu le week-end précédent. Rappelons que la finale 1989, sera suivie en léger différé par 800 000 téléspectateurs. Un rêve !

Oui, mais voilà. Le football italien a eu les yeux plus gros que le ventre. Aucune politique de financement digne de ce nom n’a été mise en place. Aucune recherche de sponsors durables n’a été faite pour subventionner tout ca. A part les quelques deniers de Giorgio Armani, le célèbre couturier et tout premier sponsor de la fédération, les instances italiennes ne tirent leurs revenus que du CONI (Comité Olympique). Et c’est trop insuffisant. Un malheur ne venant jamais seul, l’Italie va connaître une récession économique terrible, en ce début des années 90. La situation des clubs n’est guère plus enviable. Les budgets dépassent guère le million de francs français de l’époque. Si pour certains privilégiés, c’est le sponsor du club qui couvre la quasi-totalité, comme les Froggs de Legnano (Philips), d’autres, sans sponsor, connaissent de graves problèmes. Souvent, en pareil cas, le laxisme et la mauvaise gestion des principaux dirigeants locaux n’arrangent rien.

Et c’est la décente aux enfers à la vitesse grand «V». En 5 ans, tout va s’effondrer. Ciao les fans, joueurs, équipes et tutti frutti … . En 1993, on ne compte plus qu’une quarantaine d’équipes à travers tout le pays et nombre d’entre elles sont en situation précaires. La finale, n’attire plus que 1300 personnes. Au point que même la Blue Team (l’équipe nationale italienne) qui était une des plus prestigieuses du continent, n’est plus que l’ombre d’elle même. Fière de ses deux titres de champion d’Europe (1983, 1987) et de finaliste en 1985, la Blue Team ne se remet pas de sa défaite en quart de finale 1989 et de son élimination du carré d’as européen pour la première fois de l’histoire, lors du championnat d’Europe 1991.

La suite de l’histoire va se poursuivre dans l’anonymat. A l’image du Foot US anglais, qui lui aussi a connu son époque de gloire avant de s’effondrer, le football italien va entrer dans une longue léthargie, dont on peut dire qu’il n’est toujours pas sorti. Seul motif de satisfaction, un club va réussir à émerger de ce marasme : les Lions de Bergame. Et porter haut les couleurs de son drapeau. Oui, mais «faute de combattants !» diront certains. Et c’est vrai que le championnat de Série A (Division 1) s’étant appauvri au fil du temps, les Lions se sont vite retrouvés seuls à régner. Et le déséquilibre va s'accroitre entre le club aux légions d’étrangers (soutenu par un riche argentier) et le reste du championnat. Une domination dont il faut bien reconnaître quelle est devenue presque déconcertante, avec les 9 titres d’affilés des Lions. Un record en Europe !

Dommage, pour un pays qui avait tous les atouts pour devenir la locomotive de ce sport sur notre continent. Car qui possède un grand nombre d’émigrés aux Etats Unis, capables de faire le lien ? Qui sont les plus grands passionnés, quand il s’agit de supporter un club ? Dans quel pays le sport est-il le sujet n°1, toutes classes sociales confondues ? Si ce n’est l'Italie.

Alors quelle leçon tirer de cette aventure italienne ? Sans doute que "popularité" ne rime pas forcement avec "professionnalisme". Ou que le professionnalisme ne peut se faire qu'avec une politique de financement cohérente, côté partenaires.

Le football italien a plus péché par excès de précipitation que dans la manière. On retiendra que les italiens avaient compris que le professionnalisme passait d'abord par la rémunération de l'encadrement des clubs que par celles des joueurs. Il fallait éviter à tous prix, pour le salut des clubs, que ce soient des personnes non rémunérées et donc non concernées au premier chef, qui président aux destinées des clubs-entreprises. Car enfin, comment un sponsor pourrait-il confier son budget à une équipe dont les dirigeants seraient bénévoles. Une bonne idée à retenir, même si l'expérience n'a pas pu aller à son terme.

Belette - Septembre 2005




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