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US Foot Mag - Fev 1997

Frédéric Paquet
Fréderic Paquet, Président de la FFFA.
(interview réalisée en février 1997)

Comment avez-vous découvert le foot us ?

J’ai découvert le foot à Toulouse, par hasard. Je cherchais un club de boxe américaine et je suis entré dans un magasin de sport tenu par Jean-Pierre Catarino, quart-arrière des Ours. Il m’a invité à essayer. Le Sport, l’ambiance de cette équipe, et voilà …
Mon premier match s’est joué à Lourdes, dans une sorte de tournoi avec deux autres équipes. L’une d’elles était de Cannes. Le fait marquant est qu’au premier match, je me suis cassé le poignet. Quelqu’un qui ne connaissait pas les règles a essayé de taper la balle au pied, l’a manquée et a shooté mon poignet.
Sinon, le vrai souvenir de mes débuts, c’est l’amitié avec un mec et tout un groupe de copains du sud-ouest.

Comment se porte la FFFA ?

Je pense que le terme le plus adéquat pour qualifier la fédération aujourd’hui est le mot «mutation».
Financièrement, la situation est double. La fédération ne s’est jamais portée aussi bien depuis 7 ans puisque avec le plan de redressement, nous avons enfin la possibilité de disposer de notre trésorerie … quand il y a de l’argent. Mais en contre-partie, la moindre erreur nous est interdite, car si les remboursements prévus ne sont pas honorés en temps et en heure, c’est la liquidation pure et simple.
Sportivement, nous sommes à une année charnière. La nouvelle équipe s’est fixée pour objectif de répondre au maximum aux attentes des clubs tout en instituant un fonctionnement équitable, rigoureux et global.
….
Nous sommes au service des clubs . S’ils ne s’inscrivent pas, nous ne pouvons pas établir de championnat, s’ils ne se forment pas, nous n’aurons pas d’équipe nationale de haut niveau, s’ils ne s’approprient pas leur fédération, nous n’existerons pas. Notre travail dépend de leur implication, nous ne sommes qu’un.

Vous naviguez au sommet du foot US français et européen, depuis vos débuts. Allez-vous savoir défendre les intérêts des petits clubs qui n’ont pas d’argent ?

Même si j’ai «navigué au sommet du FA français et européen» pendant ma carrière de joueur, ca ne l’a été que pour le FA des années 80. Je ne m’entraînais que 2h30 par jour, 4 jours par semaine de d’octobre à juin.
Quand on sait que le rythme d’entraînement d’un athlète de haut niveau en gymnastique, judo ou autre sport international est de 6h par jour, 7 jours sur 7, 11 mois sur 12, on relativise l’élite du football Américain.
J’ai, par nature, le respect du choix de chacun, et je conçois et comprends très bien que certains choisissent d’être meilleurs ailleurs que dans le FA et, et par conséquent, pratiquent notre sport plus en loisir qu’en compétition.
Cette introduction pour expliquer que la différence n’est pas en termes de différence de niveau de jeu des « gros clubs » ou « petits clubs », mais sur le fait qu’il existe des niveaux de structures différents : gros, moyens et petits clubs et que chaque niveau de structure a des besoins différents. Mon devoir, en tant que Président, est d’apporter à chaque niveau le moyen de jouer et de progresser.


Qu’elles sont vos motivations et où puisez-vous votre énergie pour exercer votre mandat de Président ? Et, au fait, êtes-vous payé ?

Etre dirigeant dans une association répond d’abord, je crois, à un besoin composé d’un mélange de civisme et de mise en valeur, chacune des deux composantes étant plus ou moins fortement marquées.
Civique par l’envie d’être utile, de participer à la vie d’un groupe donné ;
Mise en valeur car le monde associatif donne la possibilité de prendre des responsabilités assez rapidement et d’autant plus facilement que la reconnaissance est basée parfois plus sur l’implication et la bonne volonté que la compétence.
Quoi qu’il en soit, c’est, dans un premier temps, une force véritable de motivation. Elle demande par la suite à être entretenue et récompensée pour donner à chacun la volonté de continuer.
Pour ma part, je n’ai jamais pu m’empêcher de participer à fond, dans les choses que j’entreprends. De plus, j’aime prendre des responsabilités et pouvoir mener les actions à leur terme. Dés ma première année aux Argonautes, j’ai demandé à pouvoir aider. Dés que j’ai pensé connaître assez bien le fonctionnement de la fédération, je me suis présenté au comité directeur. Le fonctionnement de l’époque ne me convenait pas complètement et la rencontre avec Lionel Lacaze m’a donné l’occasion de m’impliquer d’avantage dans le développement de la fédération.
Mon unique souci de président est de développer, selon des concepts et une éthique propres au sport, le football américain.
J’ai la chance d’avoir beaucoup d’énergie, je travaille en moyenne 12 heures par jour et quasiment 7 jours sur 7, mais à l’unique condition de ne faire que des choses qui me passionnent.
Bien évidemment, je ne suis pas payé pour mon poste de président, le système associatif Loi 1901 interdit à un élu d’être rémunéré pour les fonctions qu’il assure.
Ce qui me fait vivre, c’est mon poste de Directeur de l’Office de Tourisme.

Tous ceux qui ont été président de la FFFA avant vous y ont perdu des plumes, soit des amis pendant l’exercice de leur fonction. Diriger divise, diriger déchire… Avez-vous peur de vous casser les dents ou de faire du mal ?

Je crois d’abord qu’il ne faut pas plaindre les dirigeants car personne ne les a forcés à prendre ces responsabilités.
Cependant, il est vrai que diriger n’est pas chose facile .
Le rôle d’un dirigeant est de décider en fonction d’une situation de plus en plus large et globale à l’encontre de certains intérêts locaux. C’est alors qu’il y a opposition.
Mais il s’avère, et nous en avons eu la preuve dans notre fédération, que même s’il est facile dans l’instant pour un dirigeant de contenter tout le monde, cette solution est néfaste à moyen terme pour l’ensemble du groupe car il n’y a plus l’utilité d’avoir des règles et c’est le désordre total. Or, les gens vous élisent pour que vous édictiez des règles cohérentes et surtout que vous les fassiez respecter.

Pourquoi avoir pris des responsabilités : pour vous mettre en valeur, pour avoir un titre ou pour être au service d’une communauté de gens ?

Je n’ai pas peur de me battre pour mes idées parce que j’estime qu’elles sont justes, réfléchies et le plus cohérentes dans la situation donnée. Je suis donc prêt à aller au bout pour les faire accepter, à moins qu’on me prouve que j’ai tort.
J’ai horreur de faire du mal à quelqu’un et par conséquent, j’essaie d’éviter au maximum le rapport de forces en écoutant et en demandant l’avis des personnes concernées, mais à un moment, il faut faire un choix et mon rôle est de trancher dans le sens du bien général, qu’elles qu’en soient les conséquences pour moi, ce qui m’amène parfois à prendre des décisions qui me coûtent véritablement.
Mes seuls ennemis sont l’hypocrisie, l’injustice, la tricherie, l’immoralité et l’irrespect.
Par conséquent, j’assume totalement les conséquences qui incombent au rôle de président et, conscient d’être loin d’avoir LA connaissance, je ne prends jamais de décisions importantes sans avoir fait un tour de table de gens que j’estime compétents dans le domaine. D’où l’importance pour moi du travail en équipe et le choix de mes collaborateurs car j’estime qu’on ne peut pas tout faire correctement tout seul et qu’il faut impérativement pouvoir s’appuyer sur des gens de confiance pour déléguer.


Revenons sur les clubs qui n’ont pas l’obligeance de s’inscrire en temps et en heure (ou de payer leurs cotisations). Selon vous, cela viendrait d’avantage de leur manque de moyens ? de leur manque de respect ? ou tout simplement de leur manque de responsabilité ?

Cela vient, je crois, de deux choses : premièrement, d’un manque de culture sportive. Si je veux faire une compétition dans un sport, quel qu’il soit, la première chose que je fais est de prendre une licence dans un club. Certains dirigeants de clubs de FA n’hésitent pas à se plaindre, à critiquer, contester, revendiquer, alors que leur club n’est pas affilié et que souvent, eux-mêmes ne sont pas licenciés ! Ils ne réalisent pas que, par conséquent, ils n’ont aucune existence au sein de la fédération et ne peuvent, par-là même, avoir aucune influence sur cette dernière. C’est comme s’ils allaient voter alors qu’ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales !
Deuxièmement, parce que les dirigeants ont été mal habitués. Pendant des années, on leur a donné des dates qu’ils n’ont pas été tenus de respecter, un règlement sans cohérence globale que chacun pouvait arranger à sa sauce à grands coups de dérogations ou autres exceptions. Difficile d’apprendre à être rigoureux et efficaces, dans ces conditions.
Les dispositions prises par la nouvelle équipe, même si elles sont un peu douloureuses au début, vont amener chacun à mieux s’organiser.

Concrètement, qu’est ce qu’un licencié moyen pourrait faire pour permettre au foot en général et au schmilblick fédéral en particulier d’avancer ?

Ce n’est pas à moi de dire à chacun ce qu’il a à faire, mais mon rêve en tant que président serait d’avoir des licenciés hyper sensibilisés par leur sport. Cela pourrait se traduire d’abord par une implication plus grande de chacun dans la vie de son club ; je suis sans arrêt surpris d’entendre maints licenciés qui ne sont au courant de rien de ce qui se passe dans leur club. Ensuite, par une mobilisation plus grande de chacun : être présent aux événements organisés par la FFFA (finales, stages, conventions, tournées …), donner une image gratifiante de notre sport (comportement exemplaire hors et sur le terrain…)

Propos recueillis par L.B. pour USFOOT Magazine (février 1997)


>> voir interview de F. Paquet 2006



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