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Belette - Septembre 2004

Logo FFFA2005 : la FFFA a 20 ans

Le football américain s’est implanté en France au début des années 80, sous l’impulsion de celui que l’on ne présente plus Laurent Plégelatte. La fédération française de football américain emboîte le pas, en 1985.

En cinq ans, le football américain va connaître une croissance exponentielle pour arriver à environ 3500 licenciées pour 70 clubs (chiffres 1990). Cette euphorie d’adhésion va pourtant masquer une réalité toute différente sur un développement chaotique et tourmenté. C’est à cette période que la fédération va drainer ses tares originelles.
- une structure mal adaptée et souvent incompétente.
- une indifférence des médias.
- une gestion financière, plus que douteuse.

Des débuts chaotiques
En 1990, cette jeune fédération a déjà connu ; grèves, démissions fracassantes, caisse noire (le mystérieux compte N°790618 C du Crédit Lyonnais de Toulon), clubs suspendus puis amnistiés (crise de décembre 1990), mais surtout enregistre un déficit de plus de 1,6 millions de francs. En mai 1992, elle est même frappée d’interdiction bancaire sur son compte principal.
Côté dirigeant, on nage en plein amateurisme pour ne pas dire incompétence. La structure des championnats change d’une année à l’autre. Les rapports avec la presse sont quasi nuls. Le championnat français ne reçoit qu’un écho atténué, si ce n’est inexistant, des grands médias TV et journaux. Du coup, les sponsors ne se bousculent pas et les retombées financières aussi.
La stratégie de développement est à l’image du reste. La formation et l’encadrement des jeunes n’en sont encore qu’au stade embryonnaire.
Pour finir le tableau, on peut évoquer le niveau arbitral qui frise la carence ; les Argos s’en souviennent encore, honteusement dépossédés de la victoire par les arbitres, lors de la finale 1989.


Bernard Bonnet FFFALes années fric
Durant la décennie qui va suivre, les choses ne vont guère être plus réjouissantes pour le Foot us. La FFFA, mal avisée, va ouvrir la porte toute grande à la politique du fric. Sous prétexte de vouloir améliorer le spectacle, elle autorise la présence de cinq joueurs étrangers sur la feuille de match. C’est la ruée des mercenaires de tout poil. Dés lors, le championnat va tourner à deux vitesses. L’écart ne cessera de se creuser tout au long des années, au point d’être obliger de resserrer le championnat de D1, faute de candidats.
C’est l’arrivée d’un riche homme d’affaire aixois, Bernard Bonnet. PDG d’une holding d’entreprises de pointe (Team SAFIR) et président du club de foot (soccer) de Istres. Il va sortir le grand jeu pour les Argos. Il n’hésite pas à faire venir des entraîneurs d’outre atlantique (Chuk Weir, John Mugglebee). Puis suivront des joueurs (Johnny Woods, Mike Gurthie, …).
Les Provençaux progresseront dans un milieu semi-professionnel, à tel point que les meilleurs joueurs français craquent et ne peuvent s’empêcher de rejoindre le navire méditerranéen. Le budget des Argonautes (1 million de francs) dévient délirant, au regard des ses adversaires.
L’argent devient le nerf de la guerre, seules certaines équipes, comme les Castors essaient de ne pas décrocher.
Bernard Bonnet partira en 1993, en laissant derrière lui un club avec une véritable culture d’entreprise. Subventions, recrutement à l’étranger et formation des jeunes resteront son héritage qui sera jalousement conservé, assurant au club une place de finaliste pour les dix années à venir.

Le paradoxe vient des tribunes, où le foot us réussit de jolis scores. Comme à Nantes, où 6000 personnes se sont déplacées, pour voir une sélection d’étoiles canadiennes affronter l’équipe locale des Drakkars. Les finales de D1 sont aussi bien suivies à Jean Bouin. Même si on enregistre quelques ratés, notamment lors de la finale de 1992, entre les Argos et les Sphinx. Seulement 3000 spectateurs.

L’état des lieux est calamiteux. Le nombre des forfaits et la disparité de niveau dans le championnat altère complètement le spectacle proposé aux fans. Seuls les clubs qui peuvent se payer des étrangers arrivent à suivre. Les autres se retrouvent englués dans des poules perturbées par les abandons et une répartition géographique, peu soucieuse du niveau de jeu.

Un rayon de soleil viendra des tribunes du stade Charléty, où 8000 personnes se presseront pour assister à la finale entre les Castors-Phinx et les Argos.


Jacques Accambray FFFALe président raccroche
Fin 1995, Jacques Accambray raccroche, après 10 ans de présidence à la tête de la FFFA. Certes, il a su apporter à l’institution la reconnaissance officielle (agrément et subvention du Ministère de la jeunesse et des Sports, agrément et aide financière du CNOSF, reconnaissance du football américain comme sport de haut niveau) mais il n’a jamais réussit à imposer une réelle stratégie globale et un projet de développement. De plus, les chiffres stagnent depuis 10 ans : à peine 78 clubs pour 4000 licenciés.

C’est dans ce climat de dysfonctionnement structurel, de mécontentement des licenciés, de manque de communication au niveau des clubs qu’arrive un nouveau venu : Frédéric Paquet.

Celui-ci va s’atteler à redresser financièrement une fédération au bord de la liquidation. Un mettre mot : « il faut licencier systématiquement toute personne proche de notre sport (sic !)» (Magazine USFOOT, N°66). Le ton est donné et la chasse aux licences est ouverte.
Fin 1998, grâce à cette politique, la fédération réussit à sortir pour la première fois depuis dix ans, un résultat comptable positif.

Bonjour tristesse !
Le début des années 2000 seront celles de l’anonymat. Même s’il ne faut pas regretter les grands show «à l’américaine » qui vidaient les caisses de la fédé, le foot us va s’illustrer par son absence totale de la place médiatique. Les tribunes se vident et les finales ne réunissent pas plus de 3000 personnes. Le championnat de D1 se transforme en peau de chagrin et perd toute crédibilité.
Les autres championnats voient les clubs se faire et se défaire pour des querelles de personnes mais avant tout pour des questions d’argent. Beaucoup se plaignent d’un manque de soutient logistiques et conspuent la communication interne d’une fédération qui ne s’occupe plus que de sa dette.

FFFALa situation actuelle
Aujourd’hui le bilan n’est pas plus enthousiaste qu’il y a 20 ans. On peut même affirmer que les dirigeants actuels n’ont pas fait mieux que leurs prédécesseurs.
Bien sûr, la gestion financière est meilleure, mais à qui le doit-on ? A ceux qui collectent ou ceux qui payent. Et qu’en est-il vraiment du foot us, en France ? On est en droit de se poser la question lorsqu’on voit le nombre de licenciés, en équipés (toujours aux alentours de 4000).
Que penser de la politique de développement à outrance, du flag au détriment du foot proprement dit. Apprend-on le tennis aux jeunes, avec une raquette en plastique et une balle en mousse ? Le foot us est avant tout un sport de contact, pas le flag.
Autres questions :
Quelle politique pour le développement de ce sport en milieu scolaire ?
Qu’elle stratégie d’échange avec le football nord-américain, seul apte à élever le niveau de jeu ?
Qu’elle choix marketing pour favoriser les relations avec la presse et les sponsors ?

Voilà des questions auxquelles n’ont toujours pas répondu les dirigeants de la FFFA. Le panorama du football américain pourra changer pour peu que la fédération se débarrasse de ses carences. Il faut que les milliers de passionnés puissent enfin se reconnaître dans une structure digne de bon sens.

Belette - Septembre 2004



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